Les hirondelles sont revenues



Installation photographique, 2024

« Tu as vu, même les hirondelles sont revenues!  »



Un jour Pierre-Yves a disparu.

Une disparition comme celles que l’on voit dans les films, innatendue, sans explications. C’était en 2021.

Pierre-Yves avait soixante-dix-sept-ans, et c’était mon ami.

Nous nous sommes rencontré.es près d’une année auparavant dans une discothèque abandonnée, appelée «Le Plantation», le long de la D570, entre Arles et les Saintes-Marie dans les bouches du Rhône.

Elle était abandonnée depuis 2014 pour des raisons qui resteront floues.

Pierre-Yves y vivait seul, s’était présenté comme étant «le gardien du Plantation », embauché par le propriétaire pour veiller sur les lieux.

Il avait emménagé dans une ancienne chambre délabrée du personnel, située au premier étage. Il n’avait pas l’eau courante, et parfois plus d’électricité.  Il  me racontait l’histoire de sa vie, passée et présente, et celle du territoire sur lequel je venais de débarquer comme étudiante en photographie : la Camargue.

Un jour Pierre-Yves a disparu.




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Ce projet n’est que disparition. Disparition d’une personne, mais aussi disparition de l’image.
Mes images qui montraient déjà l’absence, ont pris soudainement une valeur nouvelle par la disparition physique de mon ami, et par le constat qu’il n’y aura désormais plus de nouvelles images.
Mes images n’attestent cependant que de leur propre échec en ce qu’elles ne peuvent retranscrire l’expérience vécue.
Face à l’échec de l’image, il reste le récit, suspendu.
La mémoire se joue déjà de l’histoire. Elle emporte peu à peu le fil, ne reconnaît plus les jours ni ne sait les compter. Et les souvenirs sont aussi des images, des engrammes mouvants. Qu’adviendra -t-il quand ils auront totalement mués, appauvris de sonorité ? Quand les souvenirs ne résonneront plus et se transformeront en spectre,  et me laisseront entre obsession et hantise.
Il a fallu accepter que je demeure la seule à pouvoir raconter l’histoire. En acceptant et en concevant le spectateur, je deviens alors opératrice et raconteuse. S’impose alors une relation à trois, entre Pierre-Yves, le spectateur et moi, passeuse du récit.
La méthode de l’enquête documentaire se veut de transmettre sans perte,un rendu total d’expérience, ce qui ne peut être fait avec ce projet, du fait de la disparition. Je peux cependant faire mon possible pour transmettre toute la matière que j’ai accumulé, même si cela est voué à l’échec. Je me dois de transmettre ce récit, et cela ne peut se faire sans passer par l’épuisement.








Vues d’expositions, École Nationale Supérieure de la photographie, 2022.






Édition “les hirondelles sont revenues”, photographies Léna Besson, design-graphique Yan Leandri, février 2024.